dimanche 21 août 2016

Néant cathodique

Une émission comme “les anges de la téléréalité” est navrante pour la pauvreté du concept qui rabaisse l’intelligence des spectateurs, et les génies qui y participent exposent sciemment la profondeur de l’être qui les caractérise : inculture décomplexée mélangée à une vulgarité qui frise l’obscène, en croyant devenir quelqu’un parce qu’ils sont médiatisés. A croire qu’ils ne font pas la différence entre notoriété et célébrité.

Une autre, comme par exemple “Touche pas à mon poste”, est une ode à la meute déchaînée contre toute forme de culture, le degré zéro de la télé est atteint, on dirait une sorte de transposition de l’état d’esprit de NRJ sur plateau télé, sauf que ça s’adresse à… heu… des adultes ?

Et tellement d’autres sur tellement de canaux. On est gâtés on est gâtés !

Du néant neuronal devant les caméras pour nourrir du vide cérébral derrière les caméras, la boucle est bouclée : une sorte de pompe à M qui tourne en circuit fermé entre l’émission et le téléspectateur. Dire que le téléspectateur détient le pouvoir de ne plus se faire servir son canigou cathodique… suffit juste de pas offrir d’audimat à ces décharges médiatiques.

Enfin, comme a dessiné Binet à travers ces deux images sélectionnées que je te juxtapose pour faire une synthèse :

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Clic !

 

 

 

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Clic !

 

(Album n°12 : Les Bidochons téléspectateurs)

jeudi 18 août 2016

On peut pas rire de tout

Tu connais les Kassos ?

Tu connais les Teletubbies ? (pas seulement de nom, mais le concept ?)

Au cas où, plonge-toi dans l’ambiance quelques minutes (pas plus, parce qu’attention, ça attaque sévère) :

 

En deuxième partie des Kassos dans cet épisode, les Teleboubizes :

 

 

En fait si, rigolons de tout :)

mercredi 17 août 2016

Le fondement de la pensée

Il y a peu, je cherchais à la demande d’une personne un scrabble gratuit sur ordinateur. J’en ai trouvé un, je l’ai installé, puis je l’ai essayé pour voir s’il pouvait convenir. J’ai entamé une partie pour me familiariser avec les options et la prise en main.

Jouer contre l’ordinateur est un challenge, car lui, il a un dictionnaire entier en guise de base de données, moi je n’ai que mes neurones vacillants et ma mémoire qui joue les passoires. Il sort en une ou deux secondes la meilleure combinaison de lettres en fonction de ce qui rapporte le plus, moi je pédale dans la semoule pour le même résultat (enfin non, pour un bien moins bon résultat).

 Bref, en un mot, c’est moi que je suis l’être supérieur en intelligence, c’est l’ordinateur le neuneu, mais il me fout une raclée monumentale (200 points de différence) à la première partie. C’est pas rassurant d’être suppposément plus intelligent dans ces conditions.

Son deuxième mot de la partie était (déjà ?) un scrabble posé sur une des lettres d’un de mes mots (mais quel âne ! C’est moi que je suis plus développé intellectuellement !) : “pétoulet”.

Bon. Pétoulet. C’est mignon, c’est rigolo, on sait pas ce que c’est mais on a envie de le prendre dans les bras. Je vérifie quand même la définition, parce qu’on a vite fait de tricher, ordinateur ou pas.

Ca existe. C’est un mot d’argot synonyme de fondement, postérieur, derrière, cul. On a moins envie de le prendre dans les bras, mais ça reste rigolo. Dans la foulée, j’ai pu voir sur internet au moins un resto se nommer “Le Pétoulet”. Ambiance garantie, je présume. Le film “La soupe aux choux”, à côté, c’est petit joueur. Ca vaut bien “La Gerbe d’Or”, comme j’ai déjà vu en vrai sur un restaurant.

Enfin bref, je termine enfoncé de 200 points. Mais quel con cet ordinateur !

 

lundi 15 août 2016

Question pour un champion du futur

Sujet : caméléon qui a mal tourné

Je suis Américain, mon année de naissance se situe en 1947 et j’ai accédé à de très hautes fonctions en 2017.

Suite à des décisions toutes plus tordues les unes que les autres, j’ai entraîné le chaos dans ma vie et, je crois, sur une partie de la planète.

J’ai terminé alcoolique et défoncé au dernier degré, je devenais la terreur de mon entourage.

Après avoir également changé mon nom, puis mon prénom en “Tom” pour tout oublier de moi-même, puis après avoir entamé une cure de désintoxication où je ne prenais plus rien de nocif, j’entendais les murmures soulagés autour de moi qui disaient, lorsque je parvenais à être détendu et à rire de bon coeur, “il a ri clean, Tom”, ce qui me rappelait toute mon ancienne identité quand j’étais encore une femme et cela me refaisait plonger aussitôt dans le vice.

Je suis, je suis ?…

samedi 13 août 2016

Carpe diem

Le jour de la fête à neuneus, on a pu s’extraire de la bêtise de cet événement incontournable en fuyant : en allant voir de la famille dans la journée, puis en étant accueilli dans un cadre surprenant en rejoignant en fin d’après-midi des hôtes qui nous hébergeaient très gentiment pour la nuit. Je ne connaissais pas leur maison ; ils ont un jardin tout en longueur, aménagé en deux parties. La première est devant la modeste maison. C’est un espace de convivialité, avec un arbre à côté de la table qui était dressée sous un barnum, et deux autres arbres un peu plus loin où un grand hamac attendait de détendre quiconque aurait voulu s’y plonger.

La seconde partie est dans la continuité de la première, et débouche sur une vue d’étendues de plaines, avec une surface de blés jaunes coupés au loin en contre-bas. Nous étions assis devant une mare de petite taille avec son plan d’eau, où flottaient des nénuphars fleuris, et quelques autres fleurs aquatiques. Quelques rares bruits de clapotis d’eau des petits poissons venaient troubler le silence de cette fin d’après-midi exceptionnellement paisible ; les couleurs étaient chaudes, le jour déclinait doucement. Un vent très doux, tout juste perceptible dans la sérénité ambiante, venait de temps à autre caresser nos cheveux. Nous faisions partie d’un univers de paix rare, comme si chaque son infime était suspendu dans les airs, tel des plumes retenues par des fils invisibles. Nous étions inscrits dans un spectacle contemplatif de petites tâches de couleurs vives autour de la surface d’eau qui reflétait l’immensité du ciel, tandis que l’étendue de blés coupés au loin allumait la terre agricole alentours qui s’éteignait doucement dans une somnolence indolente. C’était un moment d’harmonie profonde, chose tellement difficile à atteindre dans cette époque aussi malmenée. Nous attendions assis là, Pénélope et moi, ne faisant plus qu’un avec le reste du monde offert à nous, comme nous aurions pu être des personnages d’une toile figée pour l’éternité. En attendant nos hôtes qui préparaient au loin l’apéritif, le temps n’existait plus vraiment.

Alors que devant chez nous, ça devait rire gras dans une musique trop forte assénée pendant dix heures d’affilées, avec parfois des chansons de garde du genre la rirette gueulée fausse par la petite foule compacte  amassée dans notre rue, dans l’odeur de bouffe, la poussière et la chaleur, la fatigue et quelques pics d’énervement agressifs manifestés par des éclats de voix fusant au-dessus du bruit général, et des accès de sans-gêne où le nombre fait la loi, aussi imbécile soit le résultat. Il n’y a pas de jugement de valeurs sociales, quoi qu’on en pense. L’assomoir alcoolisé et bruyant comme objet de détente en groupe, c’est pas mon truc. Les gens s’amusent comme ils veulent, je n’en ai rien à battre, à la seule condition que cela ne déborde pas sur ma vie. Ici, ça s’invite sur et dans nos murs, avec les comportements pénibles qui te sont imposés jusque dans l’intimité de ton habitation. Cette forme de convivialité ne respire pas le bien-être, c’est juste “une cuite en avant” en groupe pour échapper à son quotidien terne, avec tous les excès compensateurs liés. Et c’est bon pour l’économie locale des commerçants, alors ça justife  l’ensemble, ensemble que tous les riverains n’apprécient pas forcément et dont je fais partie.

Quant à ma tolérance beauf, je renvoie à la définition de Cabu : « Le beauf c’est le type qui assène des vérités, ses vérités, il ne réfléchit absolument pas, il est porté par les lieux communs, par le “bon sens” entre guillemets, par des certitudes dont il ne démordra jamais ». « Les beaufs ne savent pas qu’ils sont des beaufs. On dessine pour rien, la bêtise continue ».
C’est ce que je retrouve un peu dans cette fête à neuneus au niveau comportemental à tous points de vue, une sorte de brèves de comptoir géante, même si la beaufitude n’est pas l’apanage d’une seule classe sociale, et si ce n’est pas la totalité de la foule. Au final, j’ai rien contre cet état d’esprit (qu’y puis-je ?), tant que ça ne m’est pas imposé dans ma vie privée. Or ici, c’est le cas sans que je puisse y échapper autrement qu’en partant de chez moi, donc je dis tout le bien que j’en pense, CQFD.

Tout cela était loin, nous étions ailleurs, dans un autre espace, dans un autre temps. Toujours attablés, nos hôtes revenaient avec un apéro concocté par leurs soins. Ils fabriquent beaucoup de choses concernant la nourriture, ou ils passent par les producteurs locaux, en s’affranchissant de la malbouffe de grande surface. Ils ne surfent pas sur la vague néo-babacool, c’est une vraie philosophie de vie au quotidien, pratiquée depuis bien longemps. J’existais dans un instant de paix conviviale avec nos amis, où chacun écoutait les histoires et les points de vue des autres. Il y avait un chien, une chatte et ses deux chatons, qui cohabitaient sans heurts. Le chien allait et venait tranquillement entre deux séances de ronflette, les chatons partaient à la découverte de l’univers entier du jardin, entre l’escalade de tout et n’importe quoi et l’observation du monde du vivant chez les insectes -à leur détriment. A un moment, le silence de la nature entière a été perturbé par des éclats de voix mi-beuglants, mi-festifs. Les voisins mitoyens d’un des côtés du jardin. D’après nos hôtes, parler fort et terminer en engueulades était courant chez eux, lorsque la famille était réunie. Deux chiens couraient le long du grillage, déchirant ces instants suspendus en aboyant un court instant après un des chatons de nos hôtes, chiens qui leur avait décimé il y a quelques temps, leurs poules de race considérée comme rare. Apparemment, nous avons eu la chance de ne pas avoir la musique qui-va-bien, puisque ce n’était pas une fiesta mais une simple réunion familiale. La voix haut perchée d’une jeune femme qui semblait avoir un avis sur tout terminait de briser l’harmonie méditative qui nous entourait. Le bruit de la bêtise ordinaire revenait envahir l’équilibre de la musique de sons fragiles en suspension dans le silence.

Puis nous sommes repassés dans la première partie du jardin, où la table dressée du repas nous attendait. Je suivais le maître de ces lieux dans sa cave naturelle pour choisir un bon vin ensemble, avant de revenir dans le jardin. Quelques temps après, le silence a repris le dessus à côté, la jeune femme, son mari et leur progéniture ont quitté la maison des parents. Seuls les deux chiens des voisins faisaient de temps à autre quelques allées et venues avec le bruissement énervé des feuilles de la haie sur leur passage le long du grillage, le souffle court et le regard fixe, pour suivre un des chatons qui menait sa vie en les ignorant dédaigneusement. La nuit nous enveloppait et la quiétude étoilée régnait sur un très bon moment de partages. Parfois, nous regardions, captivés, les chatons vivre en toute liberté lorsqu’ils entraient dans la bulle de lumière posée au milieu de la nuit d’encre tachetée d’étoiles et de planètes, animaux qui ont cette particularité d’être drôles et diverstissants dans leurs facécies innocentes.

Le lendemain, nous avons pris un petit déjeuner dans le jardin avant de partir, sous la lumière clémente d’un soleil déjà annonciateur de chaleur. Nos hôtes nous ont proposé de prendre un des chatons (notamment celui qui était le plus drôle), puisqu’ils allaient s’en séparer. Aussi mignon soit-il, nous ne voulons pas prendre un animal sans jardin. Nous retournions chez nous, en espérant que des abrutis avinés n’aient pas eu la bonne idée de s’amuser en dégradant des travaux esthétiques qui ont été un investissement pour nous. Les traditionnelles traces de pompes sur les murs en pierre de taille nous attendaient, une partie de la rue avait des traces foncées sur le bitume -probablement du gras de la bouffe vendue-, et une odeur un peu étrange hantait encore les lieux. Le portail s’est pris une nouvelle rayure discrète où le bois apparaît comme une fine estafilade dans la couleur, c’est pas grave, les peintures neuves sont faites pour ça : amuser les neuneus qui aiment bien s’adosser en masse dessus pour siroter leur(s) verre(s) d’alcool, quand ils ne tapent pas dessus. Comme chaque année, un flux continu est passé dans la rue à l’image d’un transit intestinal, certains morceaux s’agglutinant avant de repartir.

La vie sait parfois donner des instants de grâce, nous avons été accueillis très gentiment sur un îlot de paix cerné par l’océan de l’abrutissement, par des gens simples et authentiques, sensibles et cultivant l’art du bien-être. Mais la vie défait aussi ce qu’elle a donné, entachant la trame des souvenirs par des événements nouveaux : le lendemain, un des chatons qui nous avait tous beaucoup amusés -celui qu’on nous a proposé de prendre- a été tué par les chiens d’à côté, agonisant avant de rendre l’âme.

Et l’un de nos hôtes, probablement sans rapport, a fait un AVC deux jours après.

mercredi 10 août 2016

Excès de vitesse du quotidien

Dans mon dernier article, j’évoquais mes débuts dans l’imprimerie, et mon rapport à l’orthographe. J’ai eu la chance d’apprendre la composition manuelle de textes avec la typographie en plomb, très proche de l’artisanat du temps de Gutenberg. Outre les connaissances propres à ce corps de métier, c’était un enseignement de la rigueur mélangée à l’esthétisme presque austère dans certains cas. Le dessin de la lettre et son harmonie de composition avec d’autres lettres est un univers à part entière, où ton corps (par le savoir-faire de gestes précis, méticuleux et si possible rapides) et l’esprit (par le sens aiguisé de toutes les étapes autant techniques qu’esthétiques tout en respectant la langue) étaient engagés dans la création d’un pavé de texte avant impression. Dans les métiers de l’imprimerie, la correction orthographique était également un métier à part entière. Dans les entreprises assez étoffées, tu avais des personnes dont c’était l’unique fonction, garante de la qualité de l’édition : la relecture impassible de kilomètres de textes avant impression. Une érudition de la langue française et de ses nombreux pièges de grammaire et ses règles d’accords épineux, ses particularités orthographiques pour certains de ses mots, et une maîtrise des règles typographiques pour gérer la mise en forme esthétique d’un texte imprimé : les césures, les tailles d’espacement variables selon certains signes tels les deux points, points-virgules, virgules, guillemets, etc., et une myriade d’autres choses. Concernant les fautes d’orthographe, le correcteur était le rempart final de la chaîne d’erreurs : l’auteur, qui par inadvertance ou manque de rigueur, produisait un certain nombre d’erreurs. Puis une première correction orthographique des textes de l’auteur, qui pouvait passer à côté de quelques fautes. Le photocompositeur (ahah, ça en jette, hein ? c’est la personne qui tapait le texte sur ordinateur, lorsque l’informatique a remplacé la typographie en plomb), qui pouvait créer des erreurs de frappe de son côté. Et le correcteur en fin de chaîne avant le bon à tirer du client, avant l’envoi aux presses. Je me souviens, il y a pas mal d’années, d’une erreur de nom sous le dessin d’un champignon toxique qui du coup, devenait comestible. Les dictionnaires imprimés ont été retirés de la vente, et sont partis au pilon. J’ai dans l’idée que ce jour-là, il y en a un qui a perdu sa place. Une erreur peut arriver très vite, c’est un gros coup de malchance que ce soit tombé sur un sujet dangereux pour la santé.

Avec l’apparition de l’informatique démocratisée, chacun est devenu propriétaire de son édition publique. Ca a commencé par des sites internet statiques (le fameux web 1.0), où l’information était figée. Il y avait en parallèle, les forums d’entraide, dédiés à un sujet en particulier, où chacun venait poser des questions tandis que d’autres s’efforçaient d’y répondre pour éclairer de leur expérience la demande initiale. Plus de chaîne de corrections, plus de filtre, plus de rempart. Chacun exposait ce qu’il savait, ou non, de la langue et de ses règles parfois compliquées dans sa communication. Outre le fond, la forme est également passée dans les mains de personnes dont ce n’était pas le métier, les concepteurs de sites (webmaster m’a toujours paru pénible au plus haut point ;  pour une fois, la francisation “webmestre” me semblait nettement moins moche). Ce n’est pas une remarque désobligeante, c’est juste la constatation qu’avec l’accélération exponentielle des technologies, la transmission de savoirs professionnels liés à l’édition ne pouvait pas suivre. Concevoir un site demande bien d’autres connaissances et capacités que celles liées à l’orthographe, la grammaire, et l’esthétisme de sa mise en forme. C’est un métier à part. D’un point de vue individuel, toute personne qui créait son site perso (quelque soit son métier réel) faisait avec ses connaissances et son bagage de la langue. D’un point de vue professionnel, les boîtes qui créaient des sites pour les autres, privilégiaient l’aspect graphique plus que la mise en forme académique du texte (ici, l’académisme sert la lisibilité pour le meilleur confort de lecture). La forme plutôt que le fond. L’Internet du partage de la connaissance par tous étant phagocyté par le marketing des entreprises, cela était la suite logique. Si le web 2.0 (information dynamique, comme ce blog présentement, comme les sites d’achats en ligne et bien d’autres exemples) a ouvert la porte à bien plus d’interactions, elle a permis l’ascension de la puissante religion des temps modernes : le commerce de masse. Internet, tout comme la télé avant lui, tout comme les magazines, est gangrenné par la pub et le commerce (et le cul, mais c’est un commerce également).

Parallèlement à l’édition publique qui est devenue accessible à chacun, se sont développées d’autres technologies de communication, induites notamment par le téléphone : les sms par exemple. Pour des raisons de coût lié au nombre de caractères par message (et par rapidité ensuite je présume), les utilisateurs ont compressé les mots de leurs messages, jusqu’à créer une sorte de langue-hiéroglyphes en faisant éclater toute règle. Les plus crétins ont tenté d’imposer cette règle sans règles sur internet, dans les forums ou dans des commentaires. Oui, crétins. Imbéciles en batterie, idiots à puces, ras-les-pâquerettes du pétrole, débiles congénitaux de l’Himalaya, mous du bulbe rachitique, neurones fondus ! Ce n’est pas le capitaine Haddock qui me contredirait. On doit déjà se taper les fautes d’orthographe usuelles grandissantes, qui a envie, en plus, de décrypter le sens d’1 mesaje ki é randu ilizibl a coz 2 ça put1 dortograf ? Sur internet, tu ne payes pas de supplément pour les caractères, tu vas pas faire chier le monde avec ta légère approximation de la langue en plus ? Heureusement, les modérateurs avertissent assez rapidement ces fainéants chroniques qui tapent au rythme de leur paresse intellectuelle, véritable insulte envers les lecteurs. Chose assez étrange dans l’évolution des pratiques, c’est l’accouplement -beurk- entre l’interaction internet et la culture de la brièveté des sms : twitter. Tu peux rédiger tes textes avec zéro faute d’orthographe, c’est la pensée qui est cette fois-ci raccourcie. Le développement des idées se voit remplacé par l’émotion brute sur l’instant. Dans le registre du raccourci, l’élaboration textuelle des blogs est remplacée par le synthétisme de ses pensées heure par heure sur facebook. 15h03 : publier liste des courses vers 16h00 pour que tous mes followers sachent ce qui m’arrive à 17h00 à Carrefour.

Les correcteurs orthographiques intégrés dans les logiciels rendent service dans l’immédiat, mais c’est un piège. La machine pense pour nous, et on ne retient plus grand’chose. Pourtant, la machine est bête, et ne comprend rien à la langue humaine. Elle se laisse avoir aussi…

Et moi là-dedans ? Et bien je fais de plus en plus de fautes d’orthographe et d’accord. Les 95% sont liés à de l’inattention, au manque de relecture. Les 5% restants sont l’ignorance/oubli de l’orthographe de certains mots et/ou l’oubli du fonctionnement de règles de gammaire (proportions subjectives, évaluation personnelle. Allez, 90-10%, pour réévaluer la proportion subjective par une proportion corrective subjective). Il y a plusieurs facteurs. Je n’écris plus à la main, je tape sur un clavier. La mémoire du geste ne travaille plus, et les mots s’enchaînent plus rapidement. Je tape une portion de phrase, tandis que je formule déjà sa suite. Il m’arrive fréquemment, dans la première portion de phrase en cours de frappe, d’accorder avec ce qui suit dans la deuxième portion de phrase encore dans ma tête.

Je lis beaucoup de choses sur internet. Je lis à longueur d’articles et surtout commentaires et interventions, des fautes d’orthographe. Au début de mon incursion dans internet, il y environ 20 ans, je corrigeais mentalement. Je n’ai plus le temps, il y en a trop et si je m’arrête à toutes les fautes, je ne comprends plus le texte, syncopé dans sa lecture. Les sites dédiés à la technique sont également gratinés.

Dans le milieu informatique où j’officie, les techs ne sont pas des littéraires. Il est extrêmement rare de lire des mails ou compte-rendus exempts de fautes. Dans les mails pros je fais super gaffe, donc je reste encore vigilant, et je mesure tout le désastre par ce biais dans ma profession.

Dans les métiers de l’informatique, tu fais plusieurs choses à la fois. C’est parfois perturbant, tu sautes d’une tâche à l’autre en permanence, tu combles un temps de traitement d’une tâche où tu es “désoeuvré”, par le début ou le suivi d’une autre, etc. Au final, tu travailles et penses en morcelé, comme un processeur en fait. Cela impacte l’attention et le suivi d’une tâche, et ça se répercute aussi sur l’orthographe, parce que tu écris vite avec pas ou peu de relecture entre deux, trois ou quatre travaux en cours. Tu peux prendre aussi ton temps en faisant ton boulot dans l’ordre, mais t’es pas efficace et il y a du monde derrière qui attend plein de choses de toi.

Et au final, je répercute cette régression sur mes propres articles de blog, mes mails ou autres formes d’écrits. Chierie des excès de vitesse du quotidien…

Je crois que je vais investir dans un bescherelle, parce que je vire crétin des Alpes de l’orthographe moi aussi. En attendant, marrons-nous (jaune).

mardi 9 août 2016

Gutenberg 2.0

Je suis souvent étonné de rencontrer des réactions allergiques à la liseuse électronique de la part de personnes… qui n’ont jamais essayé. Les arguments qui reviennent communément : “j’aime la matière, tourner les pages, sentir l’odeur du papier, le toucher”. Parfois, c’est la noblesse de l’objet (en format poche, bof hein), qui est mieux qu’un bout de plastique. Refuser catégoriquement d’essayer… c’est là où je ne comprends pas : on n’est pas obligé d’aimer, donc décréter que toutes les raisons évoquées font foi indéboulonnable de ses sensations avant même de tester, c’est… Peu importe.

Je me suis moi-même demandé si j’aimerais avoir un bout de plastoc et un peu d’électronique à la place de la docte matière transmettant le savoir depuis Gutenberg (bon, Voici et Gala, ça transmet plein d’autres choses que la connaissance) (oui je sais, je suis un sale élitiste méprisant). Je n’étais pas très chaud à l’idée de remplacer la sensation du papier, de sentir le poids de l’objet comme un réceptacle de plaisir ludique,  abreuvant ma curiosité, façonnant mes idées, enrichissant mon imagination, et me hissant plus haut que celui que j’étais avant de me plonger dans le livre (alors qu’avec Voici et Gala, l’effet ascendant doit péniblement atteindre la hauteur d’une pâquerette) (je n’ai pas changé depuis tout-à-l’heure, hélas). Je savais le plaisir de la lecture procurée pendant toutes ces années grâce aux livres, et ma réticence devait probablement tenir à une forme d’idée de trahison plus ou moins inconsciente.

J’ai quand même essayé une liseuse un jour, pas la mienne. Du plastoc sans âme. Un toucher insipide, pas d’odeur. Plus de bruit des feuilles que l’on tourne. Des sensations disparues : olfactive, sonore, physique…

Léger. Compact. Possibilité de lire dans la nuit sans déranger. On peut avoir un pavé de mille pages comme une nouvelle d’une douzaine de pages, avec le même confort de légèreté. On peut partir en vacances à l’autre bout du monde ou au pied levé à l’autre bout de la ville au dernier moment avec sa bibliothèque entière. “Inutile” diront certains. Tu as le choix selon l’instant et l’humeur, répondrais-je, sans avoir à embarquer plusieurs bouquins dans l’indécision. Cette plaquette électronique contient toujours l’âme des presses de Gutenberg : tout ce qui se trouve imprimé derrière une vitre tactile en plastique enrichit tout autant tes idées, ton imagination, ton plaisir de lire. Ton cerveau est tout autant alimenté.

J’ai adopté. Venant du monde de l’imprimerie, j’ai une sensibilité à l’esthétisme de la lettre, à la composition, à l’orthographe (dont la rigueur fout le camp avec toute la médiocrité généralisée que je me tape sur internet, avec la technicité informatique où je patauge, et probablement avec l’âge ; j’enrage à cette idée de perdre mes acquis sur ce terrain). La lettre est respectée dans son dessin et sa lisibilité ici. Certaines césures sont maladroites, mais il n’y en a pas tonnes ; des fautes d’orthographe s’invitent plus ou moins selon les éditions, mais c’est tellement pire sur internet, que je lis beaucoup plus par la force des choses. Au moins, je peux corriger les fautes sur un bouquin sous forme de fichier, ce que je ne peux faire ni dans un bouquin papier, ni sur internet. Maigre compensation, certes, mais je peux au moins améliorer la prochaine lecture. La blancheur de l’affichage de fond, plus proche d’un papier très clair sur un certain modèle de liseuse, est agréable (ou n’est pas désagréable, si l’on préfère tempérer son engouement).

Au final, je n’ai pas trahi toutes ces années de plaisir simple que toutes ces feuilles tournées m’ont procuré. J’ai seulement changé d’habitude.*

Quant à Voici et Gala… Jamais. Et ce n’est pas une idée préconçue !

 

——
Pour celles ou ceux qui ont une liseuse, il existe un logiciel que je recommande particulièrement : Calibre. Tu peux gérer toute ta bibliothèque de fichiers, sous forme de base de données.
Tu pourras trouver des tutos divers et variés pour tes premiers pas. Voici une adresse, parmi d’autres…

 

 

*Oui, tu as deviné : je fais partie d’un puissant lobby pour promouvoir les liseuses électroniques. La CIA cache la vérité. Chaque fois que quelqu’un achète une liseuse, il y a un bruit de tiroir-caisse qui résonne chez moi pour m’avertir que je suis encore plus riche.

lundi 8 août 2016

Marvel comics 2.0

Tu savais qu’une châtaigne justicière se présentait aux présidentielles ?

Bin maintenant, tu le sais !

 

Allez allez, fini de rire. N’oublions pas cette parole pleine de bon sens dans la bouche d’un modèle :

 

A vot' bon clic !

En me rendant sur un site faisant paraître une annonce professionnelle, il y avait ce logo en début de page :

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AHAHAHAHAH. Quand le marketing publicitaire joue sur la corde de la culpabilisation détournée…

Allez, je vais t’aider à diversifier tes messages pour que les gens cliquent encore plus, pour avaler encore plus, plus de pubs, et faire encore plus, plus le bien :

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(perso je m’en fous, aujourd’hui est le jour de l’année où la planète vit à crédit, alors hein, pffffouuuu, s’en branle).

 

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T’as pas de coeur, hein, dis ? Allez, quoi, une p’tite pub !

 

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Monstre !

dimanche 7 août 2016

Expo peinture

Toutes les images sont cliquables pour les agrandir.

 

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Cette exposition vous est offerte par votre planète Terre. Vernissage chaque jour.
J’ai exploré notre pizza globe à l’aide de Google Earth pour obtenir ces quelques cadrages… c’est impressionnant. Notre planète est une oeuvre d’art à elle seule, partout.

Des étoiles plein les yeux

Imaginais-tu que la nature était un peintre abstrait de première ?

Voici quelques échantillons ! Si tu as Google Earth, en trouveras-tu d’aussi jolies ?

Et si tu veux avoir un aperçu du soleil dans sa rotation pendant tout une année…

As-tu déjà vu une explosion de super-nova ?

Et voici une bonne nouvelle.

samedi 6 août 2016

Ca tourne pas rond !

L’autre jour, un de mes collègues, qui est de la catégorie cartésienne (c’est celui qui n’arrive pas à voir du cul sur une page excel, l’aveugle), me disait qu’il s’était rendu sur un espace facebook consacré à la terre plate.

J’avais déjà entendu de loin le phénomène “complotiste”, des gens qui se regroupent pour défendre des théories très intéressantes quoique légèrement hors-norme, s’appuyant sur le complot comme base première pour démontrer le contraire de ce qui est admis par la science (on nous cache tout ! Les zétats, les zélites, les zu.s.a., la Cia, etc.).

Mais je n’avais jamais exploré plus avant ce monde. Mon collègue m’a dit qu’il avait posé une question assez ironique sur cet espace, et qu’il avait été banni direct. On ne plaisante pas avec la platitude terrestre ! Par curiosité, j’ai regardé d’un peu plus près cette nouvelle science (qui en fait est très ancienne, puisqu’elle semble s’appuyer sur les écrits religieux décrivant leur vision de la chose en son temps : terre plate, soleil tourne autour, etc.). Et pour expliquer que l’eau ne tombe pas, il y a un mur de glace qui entoure le disque (véridique). Et la terre, elle tourne pas sur elle-même (véridique).

Même la Lune, elle est plate (véridique, tout ça lu sur internet).

Après avoir parcouru quelques sites, et lu beaucoup de commentaires très sérieux sur ce sujet d’importance, j’ai fini par être convaincu ; les questions posées remettant en cause certaines lois physiques, et surtout les réponses claires apportées pour démontrer les erreurs de ces mêmes lois physiques (Newton, t’es qu’une pauvre pomme) sont limpides. La terre est plate, on nous z’a menti. Mais je suis sidéré que l’on maintienne un autre mensonge de taille : elle n’est pas ronde, elle est carrée ! C’est à cause du lobby des pizzas qu’on nous fait croire qu’elle est ronde ! C’est le “z” qui s’invite partout dans mes phrazes qui a démasqué la supercherie.

Je ne remercierai jamais z’assez mon collègue de m’avoir mis sur la voie malgré lui, je vais tenter de le convaincre lundi prochain.

Je suis sûr que ça va lui faire plaizir !

(zisiznot n’était pas un hazard, c’était un zigne du ziel !)

vendredi 5 août 2016

Giiiik humor

Je regardais un fichier excel au boulot, pour comprendre un peu comment certains effets étaient obtenus par quelles formules. A un endroit d’un classeur, je tombe sur ça :

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Clic !

 
 

Un collègue passe derrière moi, et je l’interpelle :

- “Regarde ! Une scène de cul dans Excel !”

Je me suis tapé un bide.

Le violon sous le toit 2

5 mai 1997 – Loge de Madame Marouani – Boulevard Barbès Paris 18ème

 

Paraît qu’il a été violoniste dans une maison close, après la guerre ! C’est pas ordinaire ! Elle, elle a fait danseuse de french cancan au Moulin Rouge.

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Le cancan, c’est plus rigolo à regarder qu’à pratiquer. La pauvre, elle était toute cassée de partout. Sur la fin, elle pouvait plus monter les 6 étages, elle restait dans la chambre, et lui qui faisait tout, qui s’occupait d’elle.

Je sais pas comment ils ont pu vivre là-dedans pendant toutes ces années. Pas d’eau chaude, juste un lavabo, les toilettes sur le palier. La misère !

En plus, la chambre donne sur la cour, sur les toits, alors que de l’autre côté du couloir, les autres donnent sur le boulevard avec vue sur le Sacré Cœur. Alors c’est plus bruyant, mais y’a vue sur le Sacré Cœur. Enfin le Sacré  Cœur, tu l’as vu une fois, c’est bon, c’est pas la Tour Eiffel non plus.

Il était vraiment mignon Monsieur René, toujours bien mis, le petit costume, la cravate, le béret. Toujours poli, je le croisais dans l’escalier avec ses deux trois courses, et souvent un petit bouquet de fleurs pour Mado. Mado c’était sa femme.

« Pour la faire sourire ! » qu’il disait. « Mado a le plus beau des sourires. C’est ça qui m’a séduit la première fois que je l’ai rencontrée. »

Il était encore amoureux ! C’est rare ça !

Tous les jours, même le dimanche, à six heures du soir pétantes, il prenait son violon et il jouait pour sa femme. Un bon quart d’heure de concert, pour la faire sourire. C’était pratique, parce que pas besoin de regarder la pendule, je savais qu’il était six heures et qu’il était temps que je me mette au frichti.

Ils ont vécu là-haut tous les deux, tous seuls, comme des moineaux qui se tiendraient chaud. Parce qu’attention, sous les toits, si tu crèves de chaleur en été, l’hiver, tu gèles !

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Elle est morte y’a 6 mois. A la fin, elle bougeait plus du lit, elle était grabataire. Lui il continuait à lui apporter des fleurs et à lui jouer du crincrin.

Ca lui a fait un coup, le pauvre, il était dans un état !

Dans la chambre, on a retrouvé plein de lettres. Il pouvait plus lui parler, alors il lui écrivait des mots d’amour.

Et puis il continuait son violon tous les soirs, il pensait peut-être que ça la ferait sourire, là-haut.

Mardi, à six heures, on n’a rien entendu. Alors on a su.

 

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Petite précision : à quelques détails près, c'est une histoire vraie. J'habitais au 4ème étage de l'immeuble de Monsieur René.

 

 

 

 

J'ai vu la lumière !

Toi aussi, emprunte le chemin du rayonnement !

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Moi aussi, je t’aime !

(lâche ton com’, Jésus te lit)

jeudi 4 août 2016

A l'ancienne !

Pour rebondir sur l'article précédent...

Je m'y mets doucement.

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mercredi 3 août 2016

Pokemongolito

Tu connais Pokemon Go ?

Le jeu dernier cri qui rend encore plus débile tout possesseur de smartphone trouvant un intérêt à parcourir la vraie vie pour capturer des fausses bestioles.

En gros : une fois l’appli installée et lancée, ton téléphone vibrera pour t’avertir d’un pokemon dans les environs. Il faut que tu te balades avec ton smartphone en le pointant vers l’endroit indiqué, où tu verras la réalité à travers l’appareil photo, et le monstre en surimpression dessus, qu’il te faudra capturer.

Voilà. Tu trouvais que tes enfants, même adultes, étaient déjà un peu drolets, je te conseille de siffloter en regardant ailleurs pendant qu’ils terminent leur lobotomie,  tu ne pourras pas lutter contre leur destin. On en arrive à faire de la prévention improbable. Tu imagines réexpliquer à ta descendance adolescente ou adulte les premières leçons de survie en milieu urbain, à savoir faire attention avant de traverser une rue, de ne pas aller sur des rails ou de ne pas utiliser son téléphone pendant qu’il conduit ? Les nouvelles technologies, ça rend con, quelle régression…

Le plus croustillant, c’est qu’il y a déjà eu quelques morts. Il y a des endroits étranges où tu pourras te ruer pour capturer tes sprites, et si tu détiens la palme de la connerie haut-de-gamme, tu te précipiteras ici. On est en face d’un jeu hautement éducatif en réalité : ça apprend la sélection naturelle par l’exemple (si on pouvait mettre plein de pokemons près des autoroutes, ça se vérifierait) (allez, sur les autoroutes, pleeeease).

Sérieusement, il se passe quoi à notre époque ?

Le violon sous le toit

 

10 janvier 1951- Maison Luquet, rue de Bruxelles, Paris 9ème - 1 heure du matin

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Les musiciens rangeaient leurs instruments.

René glissa précautionneusement le violon dans son étui. Il remarqua que le velours rouge à l'intérieur commençait à s'élimer sérieusement.

Il haussa les épaules, bon, c'est pas un Stradivarius.

Rémi, le contrebassiste, le saisit par l'épaule :

    On s'en jette un Aux Palmiers ?

    Je sais pas, je suis un peu fatigué.

    Ah, t'es pas marrant ! Viens boire une bière, merde ! C'est Place Blanche, pas à Pétaouchnok !

    D'accord, mais vite fait alors.

Madame tendit à chacun des 6 musiciens une enveloppe et leur rappela qu'ils devaient être là demain à 19 heures précises, on attendait du beau linge.

Elle tenait la Maison Luquet depuis 10 ans. Un lupanar de luxe, fort prisé des officiers de la Wehrmacht pendant l'occupation, passé clandé en 46, mais toujours florissant.

Madame avait de l'entregent - et de l'entre-jambes. Bien qu'elle soit un peu fanée, elle ne rechignait pas à payer de sa personne à l'occasion.

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Luxe, standing et volupté, telle était son exigence. Les filles étaient triées sur le volet. Il ne suffisait pas qu'elles soient belles, encore fallait-il qu'elles aient de l'esprit, voire de l'éducation.

Trois soirs par semaine, les mardi, jeudi et vendredi, elle s'allouait les services d'un petit orchestre de chambre, qui officiait jusqu'à 1 heure du matin dans le salon de réception, enchaînant de douces musiques qui habillaient les filles savamment dénudées de notes classieuses et langoureuses.

Les autres soirs, on se contentait d'un électrophone et de musiques moins classiques.

Les musiciens devaient porter costume noir, chemise blanche, et cravate. Impeccables !

C’est qu’on avait une réputation à tenir.

 

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Rémi et René remontaient la rue de Bruxelles vers la Place Blanche. Silhouettes transies et incongrues. Rémi, une armoire à glace charriant son énorme instrument, René, frêle et pâle, son violon sous le bras, un béret vissé sur le crâne. Leur souffle produisait des nuées blanchâtres dans l'air glacé.

    Je suis content d'avoir ce boulot, mais franchement, un orchestre de chambre chez les putes, c'est bizarre, non ?

    Bah oui, mais bon, Rémi, y'a des huiles souvent, ils aiment bien se vautrer dans la luxure mais que ça reste chic. Je sais pas, moi...

    Remarque, de la musique de chambre dans un hôtel de passes... c'est logique, non ! Ahahaha !

    Ouais, enfin j'espère pas faire ça trop longtemps.

    T'es jeune, tu trouveras autre chose ! Et pi tu sais pas profiter de la situation... t'as pas remarqué les oeillades qu'elle te lance, la grande rouquine, là... Maryse ? A mon avis, t'aurais pas grand chose à faire pour qu'elle te présente son petit Jésus ! Et pi alors bonjour, y'a du monde au balcon !

    C'est pas mon genre.

    T'as peur qu'elle t'étouffe entre ses roberts ?

    Arrête...

    Non, attends, une fille qui a des nibards comme ça, c'est forcément le genre de tous les mecs !

Ils entrèrent Aux Palmiers.

Le bar était plein et bruyant. La chaleur les cueillit d'un coup, les lumières jaunes et rouges tranchaient sur le froid bleuté de la rue.

Ils s'accoudèrent au bar et commandèrent une bière.

Dans le fond de la salle, un groupe exubérant faisait un potin d'enfer. Les rires fusaient, ça chantait, ça gueulait.

    C'est les danseurs et les girls du Moulin Rouge !

    Ah ouais, comment tu sais ?

    Rémi sait tout, mon pote. Rémi connaît Pigalle comme sa poche. Rémi est né ici, Rémi vit ici, et Rémi crèvera sûrement ici aussi. Ils finissent à 1 heure, comme nous. Les Palmiers, c'est leur abreuvoir !

René tourna son regard vers la table des danseurs.

Il est de ces moments qui déterminent toute une vie.

 

La fête à neuneus

Ca va être la fête à neuneus annuelle samedi prochain. Mise en place à six heures du mat et démontage à minuit ; entre les deux, une foule aux contours indistincts et mouvants envahira aléatoirement les rues et les places comme un liquide visqueux s’engagerait dans un labyrinthe. Une foule, ça peut être très con, encore plus quand une partie est alcoolisée. Cette fête qui affiche une devanture historique, n’est que commerciale dans son arrière-cour. On y boit, on y mange, on s’y saoûle la gueule, et on achète des trucs idiots sans rapport avec le prétexte de la vitrine.

Nos murs en pierre de taille et notre barrière neufs font les frais des traces de pompes à chaque fois. Investis dans l’esthétique raffinée, les porcs en rafollent pour s’y ébattre quand ils sont en meute. Il y a deux ans, un meneur complètement éméché et agressif faisait du tam-tam sur la barrière avec des faibles d’esprits tout aussi excités, ça tremblait jusqu’au 2e étage. Tu peux avoir une centaine de témoins, la lâcheté est fédératrice, le commerce continue et le vin coule à flots dans les rires gras.

Je t’épargne la chanson “la bite à Dudule” pour te mettre dans l’ambiance, faut pas abuser des bonnes choses.

Cette année, il va y avoir un appui militaire. Ils arrêteront peut-être les terroristes, mais ils seront impuissants face aux crétins de masse.

mardi 2 août 2016

Troutrou et GI Joe

Il est temps que je devienne provinciale, la fréquentation du réseau RATP et de ses animaux tristes me rend maboule.

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Ligne 9 - Saint Augustin - aujourd'hui 14h30

Assise sur un banc du quai, j'attends mon métro. Je lis un bouquin sur lequel je n'ai pas encore d'avis, j'en suis à la page 2. Ca a l'air chiant, mais faut laisser sa chance au produit.

Une jeune fille vêtue de trous en jean et d'un crop top qui offre une vue affriolante sur son piercing de nombril, hélas noyé dans les plis des bouées de sauvetage qui lui tiennent lieu d'abdomen, s'assied à mes côtés. Elle babille joyeusement à 90 dB dans son phone avec une copine qui ne semble pas d'accord avec elle sur le fait que Jérémy, ben il est trop cool et c'est quand même un putain de beau gosse.

Je soupire et caresse un instant l'idée de lui demander frontalement si Jérèm a un gros kiki ou s'il est plutôt en mode micropénis, histoire de faire avancer de débat, mais je m'abstiens.

Je relis la page 2.

Survient un type sapé kaki-camouflage du sol au plaftard. Il s'assied de l'autre côté. Il écoute du rap à fond sur son téléphone, mais suivant un concept très novateur. Sans casque ! Faut savoir se démarquer des fois et oser kiffer la vibe au diapason de ses envies les plus folles. En gros, ce crétin sonorise toute la station avec sa musique (de merde*).

J'essaye de re-relire la page 2 avec Troutrou et GI Joe en stéréo. Impossible.

C'est là que je pète le gros câble.

La putain de page 2 de mon bouquin, je la re-re-relis, mais à voix haute, forte et nette.

Merdalor, moi aussi j'ai le droit de participer à la sono mondiale, d'apporter ma pierre à l'édifice, d'entrer dans le concert des nations, de faire entendre ma différence, d'exprimer ma sensibilité aux oreilles de tous... de faire chier le monde, en bref.

Sidération instantanée chez mes voisins, qui me regardent, entre dégoût et effroi, comme si j'avais sucé Pikachu.
Le métro arrive, ils montent fissa en me lançant des regards perdus.

Je reste assise, je prendrai le prochain. Je poursuis ma lecture à haute voix tant qu'ils sont en vue, un doigt d'honneur bien raide dans leur direction.

Il est temps que je devienne provinciale...

* Oui de merde. Non je n'aime pas le rap, ni la techno, ni le free jazz, ni le son du cor au fond des bois. Je n'écoute que du Jean Sablon et du George Guétary (bon, de temps en temps un petit Luis Mariano, ça glisse tout seul)

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